Un fossile d’insecte exceptionnel permet d’associer de rares espèces actuelles à un abondant registre fossile

Grâce à l’étude d'un spécimen fossile remarquable préservé dans l’ambre, une équipe internationale coordonnée par Olivier Béthoux a permis de clore un débat vieux de 50 ans sur l’origine des énigmatiques insectes grylloblattides, représentés par une petite trentaine d'espèces actuelles. Outre leur faible diversité, ces insectes sont atypiques à plusieurs titres. Ils montrent une mosaïque incongrue de traits morphologiques, certains connus chez les grillons ou les blattes, qui est à l’origine de leur nom. Leur répartition géographique très limitée, restreinte à des habitats rocheux, frais et humides situés dans quelques régions bien distinctes de l’hémisphère nord, interpelle. Enfin, la perte des ailes chez ces insectes a rendu l’identification de leurs parents éteints difficile, car le registre fossile ancien est largement composé d’ailes.

Le fossile nouvellement étudié, datant d’environ 100 millions d’années, appartient à l’espèce Aristovia daniili. Ce spécimen est unique grâce à son exceptionnelle préservation qui a permis d’observer des caractères des pièces masticatoires typiques des espèces actuelles. Par ailleurs, ses ailes montrent des caractères connus chez des espèces fossiles dont les affinités phylogénétiques sont restées débattues pendant plusieurs décennies. En d’autres termes, l’espèce a une combinaison de traits morphologiques jusqu’alors inconnue qui permet de relier avec certitude les rares grylloblattides actuels à un abondant registre fossile plus ancien. Ces espèces sont maintenant regroupées sous le nom de ‘Tenuivenaptera’.

Cette découverte ouvre une nouvelle perspective sur ce que les espèces actuelles représentent. La compilation de données réalisée par l’équipe (Cui et al.) montre que les Tenuivenaptera comptent communément pour un quart, voire plus, des insectes trouvés dans les gisements de la période du Permien (de 300 à 250 millions d’années). En contraste, déjà une dizaine de millions d’années après la fin du Permien, ils ne représentent plus qu’une fraction mineure des faunes d’insectes (<10%), pour devenir extrêmement rares à partir du Jurassique (<1%). Les espèces actuelles s’avèrent donc être les rescapées d’un groupe très ancien, et qui a été remarquablement abondant par le passé.

Référence : 

  • Cui, Y., Bardin J., Wipfler, B., Demers-Potvin, A., Bai, M., Tong, Y., Chen, G., Chen, H., Zhao, Z.-A., Ren, D., Béthoux, O. , 2024, A winged relative of ice-crawlers in amber bridges the cryptic extant Xenonomia and a rich fossil record, Insect Science. https://doi.org/10.1111/1744-7917.13338

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Grace à la morphologie de sa tête et de ses ailes, l’espèce fossile Aristovia daniili (au milieu) permet de démontrer que les grylloblattides actuels, comme Grylloblatta campodeiformis (à gauche), et des fossiles beaucoup plus anciens, comme Lemmatophora typa (à droite), du Permien, appartiennent au même groupe.

Crédits
Photo de gauche, Sean Schoville, ‘University of Wisconsin-Madison’ © ; photo du milieu, Alexandre Demers-Potvin, ‘McGill University ©’; photo de droite, Evan Cheng, ‘Yale Peabody Museum’ ©.
Publié le : 08/03/2024 12:13 - Mis à jour le : 08/03/2024 12:13